La via Appia Antica, reine des voies
Pour s’échapper du tumulte de Rome, un seul rendez-vous : la via Appia Antica. Que l’on vienne pour une balade dominicale, une escapade nature ou un voyage historique, cette voie pavée vieille de plus de 2 000 ans offre une parenthèse étonnante entre campagne et antiquité, à quelques kilomètres de la capitale. Découvrez avec nous ce lieu unique, à pied ou à vélo, et profitez pleinement de cette échappée romaine lors de votre prochain séjour.
Hors des sentiers battus
Le soleil est à peine levé dans le ciel, que je rejoins déjà l’immense ellipse de terre ocre, le Circus Maximus. Il est tôt. Et pourtant Rome est déjà debout, rythmée par les klaxons des voitures. Ici, seulement quelques silhouettes passent, du joggeur absorbé dans sa course matinale, au passant qui promène son golden retriever.
Si la via Appia Antica, ou voie Appienne en français, ne jouit pas du succès des incontournables d’un week-end à Rome, que sont le Forum ou le Colisée, elle est l’une des plus célèbres et anciennes routes de la capitale. Étant moins facile d’accès, éloignée du centro storico, la via Appia Antica constitue donc, une escapade idéale à l’écart des sentiers battus.
C’est une très bonne nouvelle pour moi, et je profite du silence du matin pour commencer cette balade. Quelques mètres seulement et j’ai déjà l’impression que la ville semble s’effacer derrière moi, remplaçant les bruits de la ville par le crissement de mes pas et le chant des oiseaux. En chemin je longe les pentes du Palatin et les magnifiques Thermes de Caracala.
Puis, au détour d’un mur antique couvert de lierre, elle apparaît. La via Antica. Une ligne de pavés sombres, irréguliers, polis par des siècles de passages commençant à la porte de Saint Sébastien (Porta San Sebastiano). À droite, la première borne. Devant, la route enveloppée de pins parasols et de ruines.

Une Histoire de plus de 2 000 ans
On l’appelle la regina viarum, la « reine des voies ». J’essaie d’imaginer ce qu’il a fallu d’audace et de vision pour tracer cette route au IVᵉ siècle avant notre ère. Sous l’impulsion d’Appius Claudius Cæcus, censeur de Rome, auteur de nombreux grands travaux publics citadins, la voie romaine reliait la capitale de l’Empire à Capoue et permettait le déplacement des troupes et du matériel militaire rapidement.
Au début du IIe siècle av. J.-C. elle filait sur près de 560 kilomètres jusqu’à Brindisi, porte ouverte vers la Grèce et l’Orient, passant par Beneventum, Venusia et Tarente, comme si Rome, insatiable, étirait ses doigts vers le sud. Aujourd’hui, il ne reste que cette portion (presque) intacte, où les herbes folles s’infiltrent entre les dalles, et où l’on rencontre guides passionnés et chats errants.
Tous les chemins mènent à Rome La voie Appienne était sillonnée par des marchands, des pèlerins, des armées, des aristocrates, des artistes… mais aussi des fugitifs. C’est via ce chemin que Spartacus et ses esclaves révoltés tentèrent de remonter vers Rome, dans un dernier élan de liberté. Leur défaite fut fatale : 6 000 d’entre eux sont crucifiés le long de la via Appia, entre Capoue et la capitale. Une mise en scène macabre destinée à frapper les esprits et à dissuader toute nouvelle révolte. |
On a parcouru le chemin…
J’arrive sur la portion la plus agréable de la via Appia Antica. Là où elle invite à s’arrêter, regarder, écouter. Le long de la route, j’observe de nombreux monuments aux morts, parfois imposants, à l’instar du mausolée de la femme d’un des généraux de Jules César, Cecilia Metella. J’imagine sans peine les cortèges, les chants et les offrandes. Aujourd’hui, seuls quelques oiseaux tournent autour du sommet, comme s’ils étaient les nouveaux gardiens. De nombreux notables et personnalités du monde romain sont ici enterrées, comme le philosophe Sénèque, qui possède lui aussi son mausolée. Car il était autrefois interdit d’enterrer les morts au cœur de la cité. Les familles choisissaient donc de se faire inhumer le long des routes qui menaient en dehors de Rome.
Un peu avant, je me suis rafraîchie dans les 20 kilomètres des catacombes de Saint Calixte, les premières que l’on aperçoit en venant de Rome. Mon guide, Livia, m’apprend que la crypte des Papes peut être définie comme « le petit Vatican ». La raison ? Neuf Papes et huit Évêques reposaient ici au IIIe siècle.

Le chemin dallé est parsemé de vestiges antiques. La villa dei Quintilli, de l’empereur Maxence, le temple d’Hercule et le Circus Romulus ont particulièrement retenu mon attention. Mais ce que je retiens de ce voyage, ce sont les ruines des villas romaines. Murs effondrés, mosaïques brisées, colonnes couchées, apparaissent entre les herbes hautes et les imposants cyprès. Je me prends à m’imaginer les voix et les rires qui résonnaient ici.
Prendre le temps
Après toutes ces étapes, le soleil est déjà bien haut dans le ciel, annonçant un après-midi très chaud. Je décide alors de m’arrêter dans une petite trattoria. Un peu à l’écart de la via Appia Antica, je découvre un joyau caché. Quelques tables dressées dehors à l’ombre, un parfum de tomates séchées, des habitués qui prennent l’apéro. Je suis accueillie par le maitre des lieux : un border collie tout heureux de voir du monde.
Ici la carte est simple : légumes de saison, pâtes fraîches et desserts ancestraux. Malgré la chaleur, je me laisse convaincre par les recommandations de la propriétaire et je choisis La Cassata di Oplontis, pour continuer mon voyage dans le temps. Ce dessert inspiré d’une fresque antique près de Pompéi, se rapproche des douceurs que les Romains préparaient avec du miel, de la ricotta de brebis et des fruits secs. On raconte que Marcus Gavius Apicius, célèbre gourmet de l’Antiquité, aurait inscrit cette recette dans son traité culinaire.
C’est donc le ventre plein que je reprends la route. En pleine campagne romaine, dans le parc régional de l’Appia antica, j’ai l’impression d’être loin de tout, alors que Rome n’est qu’à quelques kilomètres. L’horizon est plus dégagé, des moutons paissent dans les champs et je ne croise plus que des groupes de cyclistes.
À pied ou à vélo ? Deux manières d’explorer la voie antique : à pied ou à vélo. La première invite à ralentir et à contempler, tandis que les cyclistes filent sur la route et enchaînent plus facilement les sites incontournables. Attention toutefois, les pavés secouent, mieux vaut opter pour un VTT ! |
Retour à la réalité
Mais il ne faut pas oublier que la via Appia Antica pourrait continuer ainsi pendant des heures. Elle file droit vers le sud pour descendre jusqu’au talon de la botte italienne. Alors je rebrousse chemin. Pour revenir dans le centre de Rome, rien de compliqué. La via Appia Antica n’est pas une boucle, il suffit donc de faire demi-tour. La route est en descente, alors ça roule tout seul ! Cette fois-ci je trace, en vue : le spritz bien frais en terrasse, même si c’est à Venise que l’on boit les meilleurs.
Mais les pieds fatiguent et le soleil tape toujours là-haut. Alors je rejoins l’arrêt de bus situé via di Cecilia Metella pour attraper le bus n°660, qui remonte vers la station de métro Colli Albani. Par la fenêtre, la voie Appienne s’éloigne. Et en quelques minutes, je quitte les pavés antiques pour retrouver les bruits de la ville.
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